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35ème Ghjurnate di Corti : Le sacre de l’union et cinq ans pour construire la nation corse !


Rédigé par Nicole Mari le Dimanche 7 Août 2016 à 23:12 | Modifié le Lundi 8 Août 2016 - 06:11


Comme chaque premier weekend d’août depuis 35 ans, se sont ouvertes, samedi, à Corti, l Ghjurnate internaziunale, organisées par le mouvement indépendantiste Corsica Libera. Mais elles avaient, cette année, une saveur exceptionnelle à trois titres : d’abord, ce sont les premières après la victoire historique du 13 décembre qui a porté l’union des Nationalistes au pouvoir à la Collectivité territoriale de Corse (CTC). C’est, également, la première fois que la quasi-totalité du Conseil Exécutif régional se retrouve à la tribune pour marteler sa détermination de construire la nation. Elles ont, enfin, affiché une union sans faille entre les deux partis de la coalition : les Indépendantistes de Corsica Libera et les Nationalistes modérés de Femu a Corsica. Lors du discours de clôture, Jean-Guy Talamoni a demandé aux Corses cinq ans pour changer radicalement les choses et réussir le pari d’un avenir prospère.


A la tribune pour le débat "Guvernu corsu, custruimu a Nazione", autour de Jean-Guy Talamoni, président de l'assemblée de Corse, le Conseil exécutif de la Collectivité territoriale de Corse et son président Gilles Simeoni.
A la tribune pour le débat "Guvernu corsu, custruimu a Nazione", autour de Jean-Guy Talamoni, président de l'assemblée de Corse, le Conseil exécutif de la Collectivité territoriale de Corse et son président Gilles Simeoni.
Il y a 35 ans, naissaient, au pied de la citadelle de Corti, I Ghjurnate internaziunale. Le lieu était symbolique. La manifestation se voulait historique et porteuse d’espoir pour le mouvement nationaliste. 35 ans après, c’est au pied de cette même citadelle, à quelques dizaines de mètres de l’emplacement initial, que s’est tenue, symboliquement, la 35ème édition d’I Ghjurnate, celle du sacre d’une union historique et d’un espoir devenu réalité. L’union, les deux principales composantes du mouvement national, Femu a Corsica et Corsica Libera, avaient laborieusement tenté de l’amorcer, l’an dernier, lors des précédentes Ghjurnate, avant de la concrétiser, au pied de cette même citadelle, le 8 décembre, au lendemain du 1er tour des élections régionales. Le 13 décembre, l’union apporte une victoire espérée depuis 40 ans. Le 17 décembre, les Nationalistes prennent les rênes de l’Assemblée de Corse et de la collectivité territoriale. C’est dire si ces premières Ghjurnate post-victoire avaient, pour les militants et les élus venus en nombre, une couleur et une saveur particulières. A la tribune, l’affiche, aussi, est historique : le président de l’Assemblée de Corse, Jean-Guy Talamoni, et les deux présidents des deux groupes majoritaires, le Conseil exécutif de la CTC et son président Gilles Simeoni. Le thème même du traditionnel débat prend la mesure du chemin accompli : « Guvernu corsu, Custruimu a nazione ».
 
Des idées claires
Le long chemin jusqu’à la victoire, les sacrifices consentis, le pouvoir, son cortège de difficultés et de responsabilités, le travail à accomplir et les buts à atteindre avec une détermination qui ne faiblit pas et qui, ils en sont sûrs, viendra à bout de tous les obstacles, c’est le credo que tous les intervenants vont, en chœur, chacun à leur tour, entonner in lingua nustrale. « Nous travaillons beaucoup pour réussir à réaliser, dans un temps très court, ce pourquoi vous nous avez élus. Cela fait 40 ans que nous affinons notre programme. Nous avons les idées claires sur ce que nous devons faire », précise, d’emblée, Jean-Guy Talamoni. Dans un rapide survol des huit mois écoulés, il déplore les oppositions de principe de l’Etat sur des dossiers fondamentaux pour les Nationalistes, tout en reconnaissant des avancées, notamment en matière de collectivité unique et de fiscalité du patrimoine. Il justifie, également, sa manière d’occuper le perchoir de l’Assemblée : « Ma conception est plus large que celle de mon prédécesseur, mais je ne fais qu’appliquer les statuts. Ce bicéphalisme peut entrainer des difficultés quand les deux présidents ne s’entendent pas ou sont de sensibilités différentes. Ce fut le cas sous d’autres mandatures. Ce n’est pas le cas aujourd’hui ! Nous sommes d’accord sur l’essentiel ». Réaffirmant la volonté commune de mettre en œuvre le projet nationaliste, il admet : « Il nous faudra aussi quelques victoires ! ».

Josepha Giacometti, Gilles Simeoni et Vanina Buresi.
Josepha Giacometti, Gilles Simeoni et Vanina Buresi.
Ava, ci simu !
La victoire, Gilles Simeoni martèle à qui il la doit et à quoi elle doit servir. « Ces Ghjurnate marquent un moment important, voire historique. Nous en avons connu beaucoup ces derniers temps ! La victoire, nous la devons à des générations de militants qui se sont battus pour que nous puissions vivre ce jour. C’est un pas qui a été fait, mais il faudra faire d’autres pas et encore des pas pour arriver là où nous voulons aller ». Le leader nationaliste modéré, qui n’avait plus assisté aux Ghjurnate depuis 1993 et qui est présent pour la première fois à la tribune, explique qu’il est là pour rappeler « le sens profond de notre engagement : la conscience claire de tous les sacrifices et de toutes les luttes qui, aujourd’hui, nous permettent d’être en situation de construire la nation. Cela nous donne la mesure de notre responsabilité ! Il n’y a pas un jour où nous ne nous disons pas que nous devons être dignes de la confiance que les gens nous ont donnée ». Il lance un appel aux militants pour convaincre « ceux qui ne nous ont pas encore rejoints et qu’il faut faire venir à nous si nous voulons faire nation ». Pour lui, les temps sont désormais mûrs : « Je ne suis pas, vous le savez, quelqu’un de très optimiste. Mà ava ci simu ! Notre pays sera libre… et nos enfants pourront vivre sur notre terre ».
 
Una squadra au service de la nation
Le chemin parcouru, Jean-Christophe Angelini, leader du PNC (Partitu di a Nazione Corsa), conseiller exécutif et président de l’ADEC (Agence de développement de la Corse), y revient pour mieux souligner, lui aussi, l’importance du moment. « Nous sommes ici avec une grande émotion qui n’est pas feinte. Nous sommes ici, aujourd’hui, de façon naturelle, comme une pièce dans la grande maison nationale. C’est un pas majeur que nous avons fait ! ». Saluant, à son tour, « ceux qui ne sont plus là » et les prisonniers politiques, il compare le nouveau pouvoir à « una squadra au service de la nation » et enchaîne sur l’absolue nécessité du Riacquistu ecunumicu. « Il y a un changement de paradigme. Nous voulons ouvrir la voie d’un développement qui profite à la plus grande partie des Corses. Il y a la possibilité de faire un développement contre ce que nous sommes. Nous avons choisi de construire le développement avec ce que nous sommes : un vrai développement avec des vrais emplois et l’ouverture sur le monde que nous pouvons affronter sans peur, si nous sommes unis ». Il promet des résultats, même si la mandature est très courte.

Jean-Guy Talamoni, Jean-Christophe Angelini et François Sargentini.
Jean-Guy Talamoni, Jean-Christophe Angelini et François Sargentini.
Construire l’économie
Le chemin encore, pour François Sargentini, conseiller exécutif et président de l’ODARC (Office de développement agricole et rural de la Corse), qui mesure les pas accomplis depuis les premières Ghjurnate. « Nous ne savions pas si nous allions y arriver. Le chemin a été long. Nous avons commis des erreurs. Nous nous sommes parfois trompés de chemin, mais la volonté du peuple a été la plus forte. La victoire de décembre montre que quand un peuple prend des décisions et que les militants se mobilisent, on peut y arriver ». Il prévient ces mêmes militants de ne pas sous-estimer les difficultés et l’hostilité de Paris : « Ils ne vont pas nous laisser faire ce que nous voulons ! ». Si un pas a été franchi, la priorité, selon lui, est maintenant de construire l’économie de l’île : « C’est l’acte majeur du gouvernement national. Sans économie, on ne peut pas construire la nation ! Nos 40 ans de lutte nous ont permis d’affiner nos idées et d’avoir un projet pour notre pays au niveau, notamment, des transports et de l’agriculture. Notre défi majeur est de rendre à l’agriculture toute sa place dans l’économie ». Pour cela, il définit deux conditions : multiplier l’installation des jeunes et moderniser les exploitations. « Le défi est grand. Nous le relevons et, quelques soient les difficultés, nous vaincrons ».
 
Des rêves réalisés
La réussite est déjà là pour Jean-Félix Acquaviva, conseiller exécutif et président de l’Office des transports de la Corse (OTC) : « Nous sommes en train de faire que nos rêves deviennent réalité. Huit mois après notre prise de pouvoir, nous sommes en mesure de dire que le 6 septembre au soir (date de la session spéciale sur les transports maritimes, ndrl), nous aurons une compagnie maritime corse au service de la Corse. En 2017, nous ouvrirons une continuité territoriale avec la Sardaigne et la Toscane à travers un service public ». Il balaye l’obstacle parisien et préfère se focaliser sur les compétences déjà existantes « qui nous permettent de faire sans l’Etat français. Si nous pouvions faire ce que nous voulons, les choses iraient très vite ! Personne ne pourra nous empêcher d’avancer, même pas Paris ! ».
Une certitude reprise par Petr’Anto Tomasi, président du groupe Corsica Libera à l’Assemblée de Corse : « Il y a eu des Ghjurnate où l’avenir nous semblait sombre. Nous avons rêvé beaucoup. Nous sommes maintenant à l’heure de la récolte pour construire la nation. Les Corses ont voulu que les décisions soient prises par des gens de leur peuple et non par Paris. Ils ont voulu être maîtres chez eux. Nous resterons fidèles à nos engagements, nous ne les trahirons pas. Nous avons besoin de la mobilisation de tous et de la capacité d’action des militants pour aller plus loin ».
 

Jean-Guy Talamoni.
Jean-Guy Talamoni.
Un appel au calme
Un appel lancé, également, par Jean-Guy Talamoni dans son discours de clôture, lors du meeting qui a suivi le débat. D’abord, concernant le fanatisme islamiste, il demande solennellement aux Corses « de rejeter les tentations globalisantes instillées en Corse par des idéologies importées…, de ne pas écouter les oiseaux de malheur et les Cassandres intéressées qui, en France comme ailleurs, ont fait de la peur un fonds de commerce, d'ouvrir les yeux et de conserver leur calme. Le peuple Corse est un peuple de vieille civilisation. Il sait que l'on ne combat pas la barbarie en étant injuste, car on devient alors barbare soi-même. Il lui est arrivé de répliquer et de frapper comme la foudre. Mais il frappait alors les coupables en prenant garde de rester, toujours, du côté de la justice et de la raison ». En même temps, il réitère la résolution votée, fin juillet, à l'Assemblée de Corse et exigeant « la fermeture immédiate des lieux de prières où se tiennent des propos incompatibles avec les valeurs du peuple corse, seule communauté de droit sur cette terre, ainsi que l'expulsion des religieux ou pseudo-religieux qui les tiennent. Le salafisme et autres courants intégristes n’ont aucune place dans notre pays ».
 
Cinq ans pour réussir
Le leader indépendantiste demande, également, aux Corses de réaffirmer, en décembre 2017, lors du prochain scrutin territorial, leur confiance dans le pouvoir nationaliste et de lui accorder « cinq ans pour changer radicalement les choses dans ce pays… Cinq ans pour changer les pratiques politiques et instaurer une parfaite transparence dans la vie publique… Cinq ans pour réduire la fracture territoriale entre urbain et rural, entre centre-ville et quartiers réputés difficiles. Cinq ans pour mettre les services publics, le numérique et l'accès à la culture à la disposition de tous. Cinq ans pour placer l'éducation, la formation et l'enseignement supérieur au centre du développement et pour jeter les bases d’une société apprenante. Cinq ans pour faire aboutir l'ensemble des dossiers stratégiques, des transports internes ou extérieurs, des déchets ou de l'énergie. Cinq ans pour engager un développement économique dynamique et équilibré, et relancer nos activités agricoles, touristiques, artisanales. Cinq ans pour obtenir de Paris et de Bruxelles toutes les dérogations au droit commun nécessaires dans le cadre du Statut fiscal et social en cours d'élaboration, ainsi que la corsisation des emplois. Cinq ans pour faire de la Corse un pays capable de faire vivre tous ses enfants, y compris ceux de la diaspora qui désireront revenir. Cinq ans pour négocier avec la France et mettre en place des nouvelles institutions, l'officialisation de notre langue et le statut de résident pour protéger nos terres et nos maisons ».
 
La force de la foi
En revanche, précise-t-il « nous n'attendrons pas cinq ans pour établir les rapports de force politiques suffisants pour faire libérer nos prisonniers et cesser les poursuites contre les recherchés ». Comme Jean-Marie Poli, président de l'Associu Sulidarita, l'a fait avant lui, il prédit une rentrée plutôt chaude sur la question. S’appuyant sur le serment prêté le 17 décembre, il assène : « Nous n'avons pas de pouvoir magique mais nous avons notre foi, notre amour, notre détermination. En cinq ans, nous bâtirons ce nouvel étage de la maison nationale, soyez-en assurés. Car depuis décembre dernier, quelque chose a changé : le temps qui travaillait jusqu’alors contre nous, travaille désormais pour nous. Dans cinq ans, la situation de notre peuple ne sera plus la même. Mais, nous ne pourrons y arriver que si vous êtes à nos côtés ». Il demande, enfin, aux Corses de soutenir l’Exécutif régional et de mobiliser pour faire plier Paris. « Date ci a forza per travaglià ogni ghjornu à u bè cumunu… per oppone ci à quelli chì a Corsica, a volenu sempre sottumessa… per riunisce i Corsi… per cunvince… per custruisce… a forza è demu ci l'avvene! ».
 
N.M.





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