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24 ans après, l’émotion toujours intacte à Furiani !


Rédigé par Philippe Jammes et Nicole Mari le Jeudi 5 Mai 2016 à 23:23 | Modifié le Vendredi 6 Mai 2016 - 00:15


Le 5 mai 1992, la tribune Nord du stade Armand-Cesari à Furiani s’écroule avant le match opposant le Sporting club de Bastia à l’Olympique de Marseille pour la demi-finale de la Coupe de France de football, faisant 18 morts et 2357 blessés. Ce drame, qui plonge la Corse dans le deuil et la douleur, vient à peine d’être reconnu catastrophe nationale par l’Etat. Ce jeudi 5 mai à 15 heures, plusieurs centaines de personnes, dont de nombreux rescapés, se sont réunies autour de la stèle commémorative pour rendre un hommage sobre, recueilli et ému aux victimes. A côté d’une classe politique corse largement représentée et de l’équipe du Sporting au grand complet, cette cérémonie a été marquée par la présence exceptionnelle et inédite d’un membre du gouvernement, le secrétaire d'Etat aux sports, Thierry Braillard, et d’un responsable de la Ligue de football professionnel, le nouveau directeur général, Didier Quillot.


24 ans après, l’émotion toujours intacte à Furiani !
 
Il aura fallu 24 ans pour que l’Etat et les instances nationales du football reconnaissent que le 5 mai 1992, il y a eu un drame national à Furiani. Ce soir-là, des milliers de supporters étaient venus assister au match de demi-finale de la Coupe de France de football qui devait opposer le Sporting Club de Bastia à l’Olympique de Marseille, un match qui n’aura jamais lieu. A 20h20, le haut de la tribune Nord du stade Armand Cesari s’effondre dans un fracas assourdissant. Dix-huit personnes laissent la vie sous les décombres des gradins. 2357 autres sont blessées, parfois gravement, certaines restent clouées à vie sur un fauteuil roulant, celles, qui ont réchappé, gardent intactes dans leur mémoire les images de la catastrophe. Des vies fauchées, d’autres bouleversées à jamais… Et une île entière plongée subitement dans la douleur, le deuil et la tristesse. La catastrophe de Furiani, c’est plus qu’un drame collectif, c’est les stigmates du traumatisme d’un peuple qui ne peut oublier.
 
18 noms sur une stèle
Ils s’appelaient Antoine, Guy, Marie Pierre, André, Alexandra, Jean-Baptiste, Santa, Dominique, Cédric, Lucien, Christian, Chérie, Michel, Marie-Laure, Patrick, Pierre-Jean… «  Le 5 mai 1992, je ne connaissais qu’un de ces prénoms, celui de mon père : Pierre-Jean. Depuis, les autres me sont devenus familiers », rappelle Josepha Guidicelli. La présidente du Collectif des victimes du 5 mai 1992 est la seule à prendre la parole lors de la cérémonie de commémoration, jeudi après-midi au pied de la stèle érigée à Furiani en mémoire de la tragédie. Quelques mots sobres, à l’émotion difficilement contenue, pour égrener la liste des victimes et dire l’essentiel : « C’était un 5 mai. Un soir dans notre vie. Le soir de leur vie. C’était un 5 mai qui ne pourra jamais s’effacer. C’était un 5 mai et jamais nous ne l’oublierons ». 24 ans après, l’émotion est intacte, les visages graves, les blessures toujours pas cicatrisées, le dépôt de nombreuses gerbes par les officiels présents se fait dans un silence de plomb. Le poignant Dio vi Salvi Regina, entonné par le groupe Soledonna, est à l’unisson.
 
24 ans pour une reconnaissance
Et pourtant, il aura fallu 24 ans pour qu’un représentant du gouvernement et un représentant de la Ligue de football professionnel fassent le déplacement à Furiani un 5 mai pour commémorer ce drame. « C’est une avancée ! », lâche Lauda Guidicelli, sœur de Josepha et porte-parole du Collectif du 5 Mai. « Notre démarche dure depuis 24 ans. C’est la première année que le recueillement est national. C’est important que le ministre, les instances du football et les politiques soient là pour qu’ils se rendent compte de l’émotion qui entoure la catastrophe de Furiani en Corse. Si nous demandons le gel total des matchs le 5 mai, c’est que nous avons besoin de nous recueillir et de penser à ceux qui ne sont plus là. Ce n’est pas dans une optique mortifère, c’est dans une optique de dignité et de respect. Chaque année, il y a de plus en plus d’émotion, de plus en plus de monde, de plus en plus de jeunes. C’est important que tout le monde s’approprie cette catastrophe ».
 
Deux présences inédites
Du monde, il y en avait, jeudi après-midi, devant la stèle, bien plus que d’habitude. Les élus insulaires, bien sûr, en nombre, notamment le président du Conseil exécutif de la Collectivité territoriale de Corse, Gilles Simeoni, le président de l'Assemblée de Corse, Jean-Guy Talamoni, le député-maire de Biguglia, Sauveur Gandolfi-Scheit, le sénateur Joseph Castelli, le député Paul Giacobbi, le président du Conseil départemental de Haute-Corse, François Orlandi, le maire de Bastia, Pierre Savelli, le président de la Communauté d’agglomération, François Tatti, le maire de Furiani, Michel Simonpietri, l’ancien maire de Bastia, Emile Zuccarelli… et de nombreux conseillers territoriaux, notamment nationalistes dont Lauda Guidicelli fait partie. Le président de la Fédération française de football, Noël Le Graet, honorait Furiani pour la deuxième fois. A ses côtés, la présence exceptionnelle du secrétaire d'Etat aux sports, Thierry Braillard, - accompagné du préfet Alain Thirion -, et celle, tout aussi inédite, du nouveau directeur général de la Ligue de football professionnel, Didier Quillot. Du jamais vu à Furiani !
 
L’émotion des rescapés
Puis, une foule d’anonymes. Près de 300 personnes venues se recueillirent, certaines revenant pour la première fois sur les lieux d’un drame qu’elles ont vécu dans leur chair et dans leur âme. Eux s’appellent Marie-Thérèse et Jean Pierre Berlinghi. Ce sont des Corses de Marseille. Ils avaient fait le déplacement, ce 5 mai 1992, exprès pour assister au match. Ils ont survécu. Ils sont debout, mais n’ont jamais réussi à oublier. « Furiani, nous y étions, nous l’avons vécu. C’est gravé dans nos mémoires. On n’oublie jamais ! A chaque nouveau drame, à chaque nouvelle catastrophe qui survient, comme les attentats à Paris, ça nous fait replonger, on revit tout. Ça fait 24 ans, mais c’est toujours pareil. On ressent toujours la même émotion. On a l’impression que c’était hier », avoue Marie-Thérèse. Rentrés en Corse l’an dernier, à la retraite, c’est la deuxième fois qu’ils assistent à la commémoration à Furiani. « Je ne m’attendais pas à ce qu’il y ait autant d’émotion, autant de ferveur. Ça nous a fait mal de voir que le drame, que nous avons vécu, était ignoré par les instances du football. Heureusement que les associations étaient là. C’est elles qui se sont occupées de transmettre le souvenir, de garder la mémoire, c’est elles qui continuent à se battre pour qu’on n’oublie jamais, pour que plus jamais un tel drame ne se reproduise », ajoute Jean Pierre.
 
Un devoir de mémoire
Dans l’assistance silencieuse et grave, de nombreux jeunes, la plupart supporters du Sporting et membres de Bastia 1905, dont beaucoup n’étaient même pas nés au moment de la catastrophe. « La catastrophe de Furiani fait partie de l’histoire du Club. C’est, pour nous, un devoir de mémoire d’être là. Nous étions trop jeunes pour l’avoir vécu, mais on se dit que sur la liste des morts, il y aurait pu y avoir un de nos proches. De toute façon, tout le monde se connaît en Corse. On connaît tous quelqu’un qui a été touché par ce drame. On assiste à tous les matchs, ça aurait pu aussi nous arriver », commente sobrement Maxime. « Les jeunes se sont toujours associés à cette manifestation. Depuis le début, les supporters de Bastia 1905 ont toujours honoré la mémoire des victimes, ils ont toujours été là aux côtés du Collectif, ils y étaient quand les politiques n’y étaient pas, quand la commémoration n’était pas médiatisée, qu’il n’y avait même pas de stèle. On a toujours été aux côtés des familles et des victimes qui, comme nous, étaient des supporters  », renchérit Jean Toussaint.
 
La grande famille du Sporting
Le Sporting, joueurs et staff, est là aussi, au grand complet. L’équipe a revêtu le maillot noir qu’elle porte, tous les ans, lors du match le plus proche de la date du 5 mai en signe de deuil et d’hommage aux victimes et qu’elle portera, de nouveau samedi, lors du match contre Angers, le dernier de la saison. « C’est normal pour nous d’être tous là et d’être là tous les ans. C’est légitime ! Nous faisons partie intégrante d’un Club qui a connu une grosse tragédie. Des familles ont perdu des leurs. Nous partageons un petit moment avec elles. Nous devons perpétuer leur souvenir pour qu’on n’oublie pas. Nous autres Corses, nous avons un grand respect de nos morts, de nos anciens, des gens qui sont partis. Et il faut voir dans quelles conditions ils sont partis ! C’étaient 18 personnes qui sont venues voir un match de football, elles n’étaient pas sur un champ de guerre en Syrie ! Elles n’étaient pas là pour tomber d’une tribune, elles étaient juste là pour voir un match de football ! ». Le joueur bastiais, Gilles Cioni, sait de quoi il parle, il a vécu la tragédie. « J’étais en tribune, le 5 mai 1992. J’avais huit ans. Il y a des images que je ne peux pas oublier et qui resteront gravées à jamais dans ma mémoire. Tous les jours quand je passe devant la stèle, quand je viens au stade ou quand je joue contre l’OM, ces images me reviennent. L’émotion est toujours là. Le drame de Furiani fait partie de moi, il restera en moi jusqu’à ce que je ferme les yeux ».
 
Une date encore à sacraliser
Que pensent les joueurs bastiais de la présence des représentants des instances nationales du football ? Pas grand chose ! « Nous avons toujours été là, même sans les instances du football français, même sans les représentants de l’Etat. Nous venons parce que c’est notre devoir. Le ministre a annoncé que le drame de Furiani est désormais reconnu comme une catastrophe nationale, c’est une certaine forme de reconnaissance. C’est bien que, de l’autre côté de la Méditerranée, les gens n’oublient pas que Furiani représente la plus grosse catastrophe du football français ! », estime Gilles Cioni. Le Collectif se bat toujours pour sacraliser la date du 5 mai, qu’elle devienne, en France, une journée sans match de football.
La cérémonie du souvenir s’est close par la traditionnelle messe donnée en la mémoire des victimes et célébrée, comme toutes les précédentes, par l’abbé Ghisoni en la cathédrale Sainte-Marie à Bastia. Là aussi, une foule dense et recueillie. L’hommage est, également, très vif sur les réseaux sociaux. La quantité de tweets émise prouve à quel point le souvenir du drame reste vivace, qu’il touche en Corse au-delà des générations.
 
N.M.





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